Comme l’a fait remarquer Chantal Hébert lors de la couverture de la soirée électorale sur CBC, « Je pense que c’est à cela que ressemble un système électoral à deux partis ».
Les résultats de cette élection démontrent, une fois de plus, que le système électoral archaïque du Canada ne répond pas aux attentes des électrices et des électeurs.
Les Canadiennes et les Canadiens de gauche et de droite se sont rués vers les deux grands partis, beaucoup d’entre eux étant motivés par la volonté d’empêcher l’autre camp d’obtenir une majorité.
Le résultat est peut-être plus proportionnel que d’habitude (comme aux États-Unis, où le nombre de voix et le nombre de sièges correspondent étroitement), mais il laisse les Canadiens plus divisés que jamais.
Le scrutin majoritaire à un tour aggrave également la polarisation régionale.
En Alberta, les conservateurs ont remporté 34 sièges, les libéraux 2 et le NPD 1. Avec un système proportionnel, les conservateurs auraient remporté 24 sièges, les libéraux 11 et le NPD 2.
En Saskatchewan, les conservateurs ont remporté 13 sièges, les libéraux 1 et le NPD aucun. Avec la représentation proportionnelle, les conservateurs auraient remporté 9 sièges, les libéraux 4 et le NPD 1.
Le scrutin majoritaire à un tour a également privé les électrices et les électeurs du NPD et des Verts de tout siège en Ontario, alors qu’un résultat proportionnel aurait permis au NPD d’obtenir 6 sièges et aux Verts 1.
Se rapprocher d’un système bipartite n’est pas la solution à notre déficit démocratique.
Le gouvernement minoritaire est l’occasion de réformer le système
Six des huit derniers gouvernements canadiens ont été des gouvernements minoritaires. Malgré un système majoritaire à un tour, les parlements dans lesquels aucun parti ne détient tous les pouvoirs sont devenus la norme.
Un sondage Léger réalisé en 2020 a montré que les Canadiennes et les Canadiens souhaitent que nos partis travaillent ensemble pour résoudre les problèmes.
Notre système du « tout au gagnant » incite nos partis à se battre bec et ongles, chacun gardant l’espoir de remporter un gouvernement majoritaire avec 40 % des voix.
Une réforme électorale s’impose depuis longtemps. 68 % des Canadiennes et des Canadiens sont favorables à la représentation proportionnelle.
Le Canada a besoin de la représentation proportionnelle
Les Canadiennes et les Canadiens veulent mettre fin aux jeux politiques. Nous voulons que les partis fassent preuve d’un leadership fort pour relever les défis à venir, en tant qu’Équipe Canada.
Le meilleur moyen pour améliorer notre culture politique est de mettre en place un système de représentation proportionnelle.
La représentation proportionnelle est un principe selon lequel si un parti obtient 40 % des votes, il obtient environ 40 % des sièges. Avec la représentation proportionnelle, presque tous les votes compteraient, les électrices et les électeurs seraient équitablement représentés.
Avec la représentation proportionnelle, la culture politique évoluerait et les partis apprendraient à travailler ensemble pour résoudre les problèmes.
La représentation proportionnelle est le principe qui sous-tend les systèmes électoraux de 80 % des pays de l’OCDE et est utilisée par les démocraties les mieux classées au monde selon l’indice V-Dem. Sur les 20 premières démocraties, 18 utilisent la représentation proportionnelle, dont les cinq premières.
À titre de comparaison, le Canada se situe au 26e rang de l’indice V-Dem, plus bas que les États-Unis.
La coopération, la stabilité et un leadership fort peuvent aller de pair.
Mark Carney est ouvert à une réforme électorale
Le 26 avril 2025, le Premier ministre Mark Carney a déclaré aux médias qu’il était « ouvert » à la poursuite de la réforme électorale une fois que la priorité immédiate de la crise économique aurait été traitée.
Carney a clairement indiqué qu’il adopterait une approche très différente de celle de Justin Trudeau, dont l’opposition obstinée à la représentation proportionnelle et la fixation sur le scrutin uninominal à un tour ont bloqué les progrès pendant des années.
Dans le monde entier, la représentation proportionnelle est obtenue lorsque deux partis ou plus négocient et font des compromis pour trouver un terrain d’entente.
Ce gouvernement minoritaire, dans lequel tous les partis n’ont rien à perdre et beaucoup à gagner, est le moment idéal pour travailler ensemble et faire avancer la représentation proportionnelle.
Une assemblée citoyenne indépendante et non partisane peut apporter une contribution précieuse aux législateurs sur le meilleur système pour le Canada afin que chaque vote compte.
Message au parti libéral : Les Canadiennes et les Canadiens ne veulent pas être coincés dans un système bipartite polarisé
Cette élection a été marquée par un tsunami de « vote stratégique ».
Face aux menaces sans précédent de Donald Trump et aux choix difficiles présentés par notre système uninominal à un tour, de nombreux électeurs et électrices ont abandonné le NPD et les Verts, prêtant leurs voix aux libéraux par crainte que Pierre Poilievre n’obtienne 100 % du pouvoir avec 40 % des votes.
Avec le scrutin uninominal à un tour, les 6 % d’électrices et d’électeurs qui ont tout de même choisi le NPD se sont retrouvés avec seulement 7 sièges (2 % des sièges). Avec un système proportionnel, le NPD aurait élu environ 21 députés, ce qui lui aurait permis de conserver son statut de parti.
Le Parlement canadien et notre politique souffriront de l’absence de voix diverses au Parlement pour les années à venir.
Bien qu’un « côté » du clivage gauche/droite puisse pousser un soupir de soulagement, le fait de se rapprocher d’un système bipartite signifie des problèmes plus graves à venir pour la démocratie canadienne.
Les États-Unis sont devenus un panneau d’affichage clignotant de ce qui peut arriver lorsqu’un système de vote où le gagnant emporte tout réduit la politique d’un pays à deux camps en guerre et qu’un seul parti ou chef peut se voir confier une quantité incroyable de pouvoir.
Depuis plusieurs années, l’Economist Intelligence Unit signale dans ses rapports sur l’indice de démocratie que les problèmes politiques du Canada, en particulier les niveaux croissants de polarisation, commencent à ressembler à ceux des États-Unis.
La forme la plus dangereuse de polarisation, la « polarisation affective », va au-delà des désaccords sur les idées ; elle conduit les gens à considérer les voisins qui ont des opinions politiques différentes comme moralement inférieurs ou dangereux.
Un récent sondage Angus Reid a révélé que 87 % des électrices et électeurs conservateurs pensent que les libéraux sont une « menace pour leur pays » et que 84 % des électrices et électeurs libéraux pensent la même chose des conservateurs. Ces chiffres reflètent fidèlement la perception qu’ont les électrices et les électeurs républicains et démocrates des États-Unis les uns des autres.
Aux États-Unis, la majorité des citoyens pensent aujourd’hui que la situation est désespérée et qu’il n’y a aucun moyen de sortir de l’état de polarisation et de division dans lequel ils se trouvent.
Les chercheurs ont constaté à plusieurs reprises que les pays dotés d’un système de représentation proportionnelle présentaient des niveaux plus faibles de polarisation politique « affective ».
Les gouvernements majoritaires multipartites peuvent être forts, stables et efficaces face à des défis majeurs
Comme l’a déclaré le Taoiseach (Premier ministre) irlandais Michael Martin aux journalistes le soir des élections de 2024 :
« L’Irlande a évité l’hyperpolarisation qui caractérise le Royaume-Uni et les États-Unis.
Et c’est une bonne chose. Je ne crois pas à la polarisation gauche-droite. Je pense que cela nuirait à notre modèle économique.
Nous avons des partis différents, de la gauche à la droite, et il est sain d’avoir ce type de concurrence au sein de notre système électoral.
Grâce à la représentation proportionnelle à plusieurs sièges, le Dail (Parlement) est aujourd’hui très diversifié.
Le système que nous avons aujourd’hui a permis de gouverner efficacement au fil des décennies ».
La représentation proportionnelle peut également servir de garde-fou contre l’autocratie, en exigeant que le pouvoir soit partagé par plus d’un parti politique.
Comme l’a récemment expliqué l’un des plus éminents constitutionnalistes néo-zélandais, le professeur Dean Knight :
« À l’époque de la proportionnelle mixte, nous avons eu des périodes où l’exécutif était très dominant au sein de la Chambre des représentants… Cette époque est décrite comme une « dictature élue » ou un « paradis exécutif ». …Et c’est pourquoi nous célébrons le MMP – lorsqu’il a atomisé ce pouvoir ».
Nos dirigeants politiques ne peuvent se permettre d’ignorer ces leçons importantes tirées de la recherche et de l’expérience pratique dans le monde entier.
Si Mark Carney souhaite réellement renforcer notre identité canadienne unique, respecter les voix des Canadiennes et des Canadiens de tout le pays et s’orienter vers une manière plus juste et moins dangereuse de faire de la politique, il fera preuve de leadership en matière de représentation proportionnelle.
